quand le dépassement de soi est stoppé par l’autre

Le mur de l’arbitraire : L’ANGLE MORT DE L’EFFECTUATION

Ce week-end, j’étais sur une de mes premiers Ultra de l’année , un 55 km de prévu, des jambes qui répondent présent (Top 50 au 25 eme) , et un mental qui alterne entre doutes et certitudes, envie et questionnement : celui qui transforme l’aléa en opportunité.

Pourtant, ma course s’est arrêtée net au 35ème kilomètre. Pas sur blessure, pas sur épuisement, mais sur une décision. Une décision humaine, rigide, sans appel.

Innover, c’est gérer l’imprévisible et pourtant…

Dans mon quotidien de dirigeant, notamment en innovation, je ne gère pas des risques (calculables), je gère des aléas (imprévisibles). On utilise pour cela les principes de l’effectuation. L’un d’eux, la « perte acceptable », nous apprend à avancer en sachant exactement ce que l’on est prêt à perdre (temps, énergie, budget) pour explorer l’inconnu.

Sur les sentiers, c’est pareil. Je m’étais préparé à perdre :

  • Ma zone de confort face à la défaillance physique.
  • Ma trajectoire face aux aléas climatiques (comme j’en avais fait l’expérience l’an dernier).
  • Mon chrono pour porter assistance à un autre coureur (l’éthique avant la perf).

Mon esprit était « câblé » pour pivoter, pour s’adapter. Mais j’ai découvert une limite que je n’avais pas intégrée dans mon logiciel : l’aléa humain volontaire.

Le bug du 22ème kilomètre

Une erreur d’aiguillage au km 22, un petit panneau sans personne pour orienter… un fichier GPX non mis a jour par l’organisation et nous voilà sur la mauvaise boucle (celle du 35 km plutot que 55km) .

Au ravitaillement du 42eme KM, la direction vient nous arracher les dossards pour avoir loupé une boucle de 9km . Rien d’irréparable techniquement, je suis responsable de ne pas avoir identifié la bifurcation, je tente de proposer de partager mon tracé GARMIN avec l’organisation, une simple modification de parcours aurait pu corriger le tir, ou refaire la boucle en repassant devant entre le 42 et le 55 km…

C’est là que le choc a eu lieu. Face à une direction de course fermée à toute négociation, je me suis retrouvé démuni. Je sais pourtant gérer ce type de situation dans les affaires, au quotidien mais pourquoi , ici , en ultra trail , je n’ai pas su sauver ma course ?

En innovation, on cherche des solutions, on « pivote ». Ici, j’ai fait face à un refus délibéré de dialogue qui visait à remettre en question mon objectif alors que tout allait bien. Comment aurai-je pu mieux gérer la situtation ?

UNE VRAIE PIQURE DE RAPPEL: savoir se préparer à accepter l’arbitraire

Mon erreur a été de ne pas avoir préparé mon esprit à cette forme d’imprévisibilité : l’arbitraire .

En tant que dirigeant, on développe une capacité incroyable à se dépasser pour innover, à négocier avec le réel. Mais là, le réel portait un dossard d’organisateur et ne voulait pas entendre d’arguments. J’ai tenté de sortir des leviers de compréhension, mais le cadre était trop rigide.

Le dépassement de soi, ce n’est pas seulement franchir la ligne. C’est aussi apprendre à gérer ce sentiment d’impuissance quand la règle du jeu change arbitrairement et rapidement se focaliser sur un autre objectif.

Sur l’ultra comme en business, il faut désormais que j’intègre ce 6ème principe personnel : préparer son mental à l’injuste. Car même si l’on maîtrise l’art du pivot, on ne peut pas faire pivoter quelqu’un qui a décidé de rester figé.

Je ne garde pas l’amertume de la disqualification, mais la leçon de leadership : dans la tempête, restons humains. Car c’est l’humanité et la souplesse qui permettent d’aller au bout des projets les plus fous, pas le règlement.